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Addiction aux jeux vidéo

28 mars 2018 par Luci Sogorb

Jeu vidéo et addiction

Christophe Debien, ancien chef des urgences psy du CHRU de Lille (Nord) et son acolyte Geoffrey Marcaggi, psychiatre, ont eu l’idée de mettre en ligne tous les mois des vidéos sur Youtube qui illustrent leurs démonstrations médicales et leurs conseils avec des extraits de films, des séries télés et des jeux vidéo.
Les deux animateurs définissent, donnent des chiffres, livrent des conseils et démontent les idées reçues.
Le ton est sérieux, mais détendu.

Jeu vidéo et addiction – avec le Dr Olivier PHAN



 

 

Enfants et jeux vidéo: « Fixer des limites claires dès le début »

Propos recueillis par Stéphanie Benz, publié le
"Les temps consacrés au jeu doivent être clairement encadrés", recommande le Dr Olivier Phan.

« Les temps consacrés au jeu doivent être clairement encadrés », recommande le Dr Olivier Phan.

REUTERS/Wolfgang Rattay

Pour prévenir l’abus de jeux vidéos chez les jeunes, la qualité des liens familiaux est essentielle. Le point avec le Dr Olivier Phan.

La grande crainte des parents, quand un enfant commence à s’intéresser aux jeux vidéo, c’est qu’il finisse par passer ses journées à jouer, sans parvenir à décrocher. Est-ce un problème fréquent?

Olivier Phan Il n’existe pas d’étude de prévalence en France. Une enquête, menée en région parisienne en partenariat avec l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies auprès de plus de 2000 collégiens et lycéens, a montré que 14% d’entre eux présentaient un usage problématique des jeux vidéo. Le phénomène reste donc minoritaire. Mais si les parents ne sont pas vigilants, le surinvestissement d’un adolescent dans les jeux en ligne peut survenir dans n’importe quelle famille, quel que soit le milieu social.

La qualité de la relation nouée entre les parents et leur enfantdès le plus jeune âge est essentielle pour prévenir les dérives, même si ce type de comportement est souvent relié à des difficultés propres au jeune lui-même. Un mal-être à l’école, des difficultés familiales, voire des troubles psychologiques comme une dépression ou une phobie sociale, et le jeu servira vite de refuge, au risque d’accentuer les difficultés préexistantes.

Olivier Phan: pédopsychiatre, addictologue et docteur en neurosciences, responsable de la consultation jeunes consommateurs du centre Pierre-Nicole de la Croix-Rouge française, à Paris. Coauteur de "Jeux vidéo, alcool, cannabis". Prévenir et accompagner son adolescent, Solar éd., 288p., 19,50€.

Olivier Phan: pédopsychiatre, addictologue et docteur en neurosciences, responsable de la consultation jeunes consommateurs du centre Pierre-Nicole de la Croix-Rouge française, à Paris. Coauteur de « Jeux vidéo, alcool, cannabis ». Prévenir et accompagner son adolescent, Solar éd., 288p., 19,50€.

D. GRIMONET POUR L’EXPRESS

Cela peut-il aller jusqu’à une forme de dépendance?

O. P. Avec le cannabis et l’alcool, des molécules vont directement au cerveau et créent une addiction. Il n’y a rien de tel avec les jeux vidéo, même si, selon certaines études récentes, leur pratique excessive stimule la même partie de notre encéphale que les drogues: la zone de récompense, responsable justement de la dépendance. Si, pour beaucoup, les jeux demeurent une passion et non une addiction au sens propre, cette passion peut devenir réellement problématique quand elle prend le pas sur tout le reste.

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Le risque sera d’autant plus élevé avec un adolescent fragile et un environnement familial difficile. Bien sûr, les conséquences à long terme ne sont pas comparables à celles du cannabis ou de l’alcool, très dommageables pour la santé et les capacités cognitives du jeune. Pour autant, les jeux vidéo peuvent entraîner des troubles du sommeil ou un surpoids du fait du manque d’activité physique.

« Ces jeux ne sont pas pathologiques en eux-mêmes »

Certains jeux sont-ils plus addictifs que d’autres?

O. P. Les jeux vidéo actuels n’ont rien à voir avec ceux que les parents d’aujourd’hui ont connus quand ils étaient jeunes. Internet a bouleversé la façon de jouer. C’est avec l’apparition des jeux de rôle ou de stratégie dits « massivement multijoueurs », comme World of Warcraft ou League of Legends, que l’on a vu arriver en consultation des parents demandant de l’aide pour décoller leurs enfants des écrans. Ces jeux ne s’arrêtent jamais: même quand l’ordinateur est éteint, le personnage de l’adolescent reste dans le jeu.

En outre, certains se pratiquent en équipe et donnent lieu à des affrontements lors de compétitions. Une équipe dont le chef peut exiger la présence du jeune sur des plages horaires élargies, voire un certain niveau pour continuer à faire partie du groupe. Cela demande de l’entraînement! Les jeux de tir créent aussi une dépendance, car ils provoquent des décharges d’adrénaline qui maintiennent en haleine sur le long terme.

Comment se comporter face à un enfant qui découvre cet univers?

O. P. D’abord, garder en tête que ces jeux ne sont pas pathologiques en eux-mêmes. Les bannir n’est pas réaliste. D’ailleurs, ils peuvent contribuer à développer les capacités visuo-spatiales ou les compétences en résolution de problèmes. En revanche, savoir poser des limites en rapport avec l’âge est crucial, car l’enfant ne le fera pas de lui-même. Entre 9 et 12 ans, il semble difficile de laisser un jeune seul avec un ordinateur dans sa chambre.

En organisant l’espace de jeu dans une pièce de vie commune, les parents gardent un oeil sur l’écran, et engageront plus facilement le dialogue si nécessaire. Les boîtes de jeu -souvent achetées par les parents eux-mêmes- bénéficient d’une signalétique spécifique, relative aux tranches d’âge et au contenu du jeu, à laquelle se référer pour choisir le produit le plus adapté.

Et, bien sûr, les temps consacrés au jeu doivent être clairement encadrés, en fonction par exemple des résultats scolaires. En tout cas, au départ, il ne s’agira pas de discuter mais d’imposer. Puis, plus l’enfant grandira, plus on pourra négocier avec lui. Mais sans hésiter à prendre les mesures nécessaires si les règles ne sont pas respectées.

Par exemple, en diminuant les temps de jeu, ou en supprimant l’accès à l’ordinateur pour une durée limitée, en n’oubliant jamais d’expliquer les raisons de la sanction. En revanche, interdire les jeux totalement ou pour un temps indéterminé se révélerait contre-productif. Cela suscitera colère et ressentiment et ne permettra pas à l’enfant d’essayer de reprendre un usage contrôlé de sa passion.

« Les jeux vidéo agissent comme des excitants »

Tout cela paraît un peu évident…

O. P. Oui, mais quand cela dérape, quand l’enfant et ses parents perdent le contrôle, on se rend compte que beaucoup de choses « apparemment évidentes » n’ont en réalité pas été mises en oeuvre. Maintenir des activités familiales et des loisirs extrascolaires, par exemple: le sport en particulier, la musique quand c’est possible, et surtout la lecture. Dans notre enquête auprès des jeunes Franciliens, nous avons constaté que plus il y avait de livres à la maison, moins il y avait d’abus d’écrans. Le sommeil doit aussi être préservé. Les jeux vidéo agissent comme des excitants: comptez au moins une heure de calme après l’arrêt de la partie pour parvenir à dormir.

Or quel que soit l’âge, grignoter sur son temps de sommeil accentuera les problèmes d’attention, l’irritabilité, les comportements impulsifs… Et il faut bien sûr garder des temps d’échange familiaux. Notamment à travers les repas du soir, un moment idéal pour des discussions informelles. Je m’occupais d’une famille dont les parents étaient très investis dans leur métier, et rentraient tard. Leur fils passait son temps sur les écrans… L’idéal est de dîner avec ses enfants le plus souvent possible, dès leur plus jeune âge. Car après, cette habitude sera beaucoup plus difficile à instaurer. L’adolescent aura beau jeu de dire: « Pourquoi maintenant? »

En cas de jeu excessif, quels sont les signaux d’alerte ?

O. P. Le fléchissement des résultats scolaires est souvent l’un des tout premiers signes. L’isolement aussi, que ce soit par rapport aux amis ou à la famille. Globalement, le repli et le désinvestissement de toutes les autres activités.

« L’expérience montre que tout débrancher ne sert à rien »

Comment agir dans ce cas?

O. P. L’expérience montre que tout débrancher ne sert à rien, à part déclencher la guerre. Mieux vaut chercher à restaurer un lien avec son adolescent. S’intéresser à sa passion fonctionne souvent assez bien. Se renseigner, ce n’est pas accepter. Les parents découvrent à cette occasion toutes les qualités nécessaires pour être un bon joueur, et comprennent mieux leur enfant. Après, on peut parler du reste. De l’avenir, par exemple.

Un de mes patients rêvait de devenir pilote de ligne, mais ses résultats scolaires n’étaient plus en adéquation avec cet objectif, car il jouait trop. Une fois la prise de conscience faite, il devient possible de travailler sur la hiérarchie entre le plaisir immédiat de jouer et le bonheur de se projeter dans un avenir meilleur. L’idée n’est pas d’interdire le plaisir, mais de faire en sorte qu’il n’altère pas le bonheur.

Cela aurait presque l’air facile…

O. P. Pas du tout! Les adolescents, dont le cerveau est encore en maturation, privilégient l’émotionnel au rationnel. Leur faire entendre raison n’a rien d’évident. De leur côté, les parents peinent souvent à ravaler leur inquiétude. Mais la peur est mauvaise conseillère. Transférer son angoisse à coups de « tu ne feras jamais rien de ta vie » peut être très démobilisant.

Garder confiance dans son enfant est primordial, même si c’est parfois à la limite de l’impossible. Face à des situations de blocage total, la seule solution consiste à se faire aider. Un surinvestissement excessif dans le jeu masque souvent une souffrance profonde, dont les causes doivent être recherchées et traitées.


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